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Culture | Par Rédaction Culturelle | 20-02-2017

Nouveau prix institué dans le palmarès de la 67e Berlinale

L’Ours d’Or du documentaire pour le documentariste palestinien Raed Andoni

Le jury de la Berlinale a décerné, hier, le prix du meilleur documentaire, une nouveauté de cette 67e édition, «Istiyad Ashbah» (Ghost Hunting), à une expérience cinématographique en forme de thérapie collective sur le traumatisme d'anciens prisonniers palestiniens. A travers des jeux de rôle, d'anciens détenus vont revivre leur détention y compris les mauvais traitements.

Le jury de la Berlinale a décerné, hier, le prix du meilleur documentaire, une nouveauté de cette 67e édition, «Istiyad Ashbah» (Ghost Hunting), à une expérience cinématographique en forme de thérapie collective sur le traumatisme d'anciens prisonniers palestiniens. A travers des jeux de rôle, d'anciens détenus vont revivre leur détention y compris les mauvais traitements.

Présenté en avant-première au festival du film de Berlin, «Istiyad Ashbah» (Ghost Hunting), second long-métrage du cinéaste palestinien Raed Andoni, reconstitue dans un hangar de Ramallah un centre d'interrogatoire israélien. A travers des jeux de rôle, d'anciens détenus vont revivre leur détention y compris les mauvais traitements. «Je travaille avec des personnes qui vivent dans un lieu vraiment très sombre et que vous honorez grâce à toute cette lumière», a déclaré le cinéaste en recevant son prix. L'un des participants au film de Raed Andoni a été de nouveau emprisonné par les autorités israéliennes après le tournage, a confié le réalisateur palestinien à l'AFP pendant le festival.

Un autre, trop bouleversé par cette expérience de reconstitution qui pousse le réalisme jusqu'au choix de la couleur du carrelage ou l'installation d'une poulie pour suspendre les participants dans la salle d'interrogatoire, avait préféré abandonner le tournage. «J'ai utilisé tous les dispositifs que j'ai trouvés pour les aider à creuser dans leur subconscient, pour retirer couche après couche les filtres du refoulement et je leur ai dit que si c'était trop dur ils étaient libres de partir (...) J'ai aussi fait venir des psychologues sur le plateau pour encadrer ce projet», a-t-il expliqué après la première de son film à la Berlinale.

Le réalisateur de 45 ans a lui-même été incarcéré dans une célèbre prison israélienne souterraine située à Jérusalem, appelé par les palestiniens «Al Moskobyia». Le festival du film de Berlin avait décidé cette année d'ajouter à son palmarès un Prix du meilleur documentaire, insistant sur l'importance de ce genre cinématographique dans un contexte politique mondial bouleversé.

Le palmarès de cette 67e Berlinale a couronné une palette de cinémas venant d'Asie, d'Amérique latine, d'Afrique ou d'Europe.

C'est On Body and Soul, film hongrois de la cinéaste Ildiko Enyedi qui  a remporté la plus haute distinction, l’Ours d’Or après avoir glané le prix du jury écuménique, le prix de la critique internationale et le prix du jury des lecteurs du Berliner Morgenpost.

La réalisatrice hongroise a évoqué devant la presse la situation politique «de plus en plus absurde, terriblement absurde» dans la Hongrie de Viktor Orban, avec des artistes toutefois protégés par l'organisme national de soutien du cinéma, «un havre pour les auteurs». «Nous voulions un film simple, clair comme de l'eau de roche et nous ne savions pas si le public allait nous suivre car il se voit uniquement avec un cœur empreint de générosité», a-t-elle déclaré en recevant l'Ours d'or. Son film, son premier long métrage depuis 18 ans, parle d'un homme et d'une femme se désirant mais ne parvenant pas à communiquer, sauf dans leurs rêves qu'ils partagent. Ils vont se rapprocher en évoquant leurs songes qui les emmènent loin de l'abattoir où ils travaillent. «Le jury est tombé amoureux de ce film, non seulement grâce à ses qualités mais aussi car il nous rappelle un mot que nous utilisons parfois trop facilement : la compassion», a déclaré son président, le cinéaste néerlandais Paul Verhoeven («Basic Instinct»), qui avait souhaité voir «des films controversés» pendant les onze jours de la compétition.

Le traditionnel Grand prix du Jury est allé, quant à lui, à l'unique film africain en compétition à la Berlinale, «Félicité», portrait d'une chanteuse de bar à Kinshasa se battant pour son fils. «C'est un film sur nous, le peuple, nous sommes beaux, nous pouvons aimer ce que nous sommes», a lancé lors de la remise du prix son réalisateur, le Franco-Sénégalais Alain Gomis.  «Félicité», son quatrième film, il brosse le portrait d'une mère courage, qui après son boulot de chanteuse dans un bar tente le tout pour le tout pour amasser la somme nécessaire à l'opération de son fils victime d'un accident. «Félicité» a été tourné dans la capitale congolaise et suit le quotidien de ses habitants, des hôpitaux aux marchés de Kinshasa, mais se refuse à toute dimension sociologique ou documentaire, malgré le contexte politique tendu en République démocratique du Congo (RDC). «Je vois arriver une génération de réalisateurs qui n'a jamais été au cinéma car il n'y a plus de cinémas sur le continent africain», a déploré. Le cinéaste a notamment plaidé pour un financement plus généreux du cinéma des pays africains.

R. C.

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