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Magazine | Par Emeline Ferard | 27-05-2017

Après 700 jours dans l'espace

La mystérieuse navette X37-B de retour sur Terre

Parti en mai 2015, le vaisseau X-37B de l'US Air Force est revenu sur Terre samedi dernier en Floride, bouclant une mission historique de 718 jours dans l'espace dont l'objectif est toujours classé secret défense.

Après deux ans passés dans l'espace, le X-37B a fait son grand retour sur Terre. La semaine dernière à 7H47 heure locale, le vaisseau de l'US Air Force a atterri sur le tarmac du Kennedy Space Center en Floride. Un atterrissage très remarqué alors que l'engin de 9 mètres de long et 4,5 m d'envergure a émis juste avant un puissant bang supersonique qui a surpris les habitants aux alentours.  

Le retour du vaisseau aux allures de navette spatiale était aussi très attendu. Parti en mai 2015, le X-37B dépourvu d'équipage a bouclé là une mission inédite qui aura duré 718 jours. «Aujourd'hui marque un jour incroyablement excitant pour l'unité 45th Space Wing alors que nous continuons à briser les barrières», a commenté dans un communiqué, Wayne Monteith, brigadier général de l'US Air Force et commandant de l'unité.

«Notre équipe prépare cet évènement depuis plusieurs années et je suis extrêmement fier de voir que notre dur travail et notre dévouement ont abouti à l'atterrissage réussi du X-37B», a-t-il ajouté. Mais si le vaisseau fait beaucoup parler de lui, ce n'est pas pour ses prouesses techniques, c'est plutôt pour l'objectif de sa mission classée secret défense.

Le X-37B Orbital Test Vehicle revenu ce week-end est le quatrième du nom à s'envoler sous l'égide de l'US Air Force, l'armée de l'air américaine. Le premier vol a eu lieu en 2010 et duré 224 jours. Le dernier s'était achevé en 2014 après une durée record de 674 jours dans l'espace. Or si la plupart des détails techniques du projet ont été rendus publics, les missions restent très mystérieuses.

Interrogé par Space.com en 2014, le général William Shelton avait déclaré : «X-37 fait un excellent travail. Je ne peux pas vous dire ce qu'il fait, mais il le fait très bien». Selon les communiqués de l'US Air force et de Boeing, le X-37B servirait «des objectifs spatiaux à long terme». Plus précisément, il servirait à tester de nouveaux matériaux et technologies dans l'environnement spatial.

Alimenté par l'énergie solaire, l'OTV est un véhicule capable de décoller, rester en orbite basse et revenir sur Terre de façon autonome. Il permettrait ainsi à l'armée américaine d'envoyer des équipements dans l'espace et de voir à leur retour comment ils ont résisté. Pour ce 4e vol, un propulseur de la société Aerojet Rocketdyne aurait notamment été transporté. Néanmoins, ces affirmations sont loin de convaincre tout le monde.

Depuis sa première mission, le X-37B suscite de nombreuses théories plus ou moins étayées. Et les débats se sont intensifiés quand des observateurs ont révélé avoir constaté que le X-37B survolait à plusieurs reprises certaines régions telles que l'Iraq, l'Iran, le Pakistan, l'Afghanistan et la Corée du Nord. Largement de quoi attiser les rumeurs.

Pour certains, ces observations renforcent la théorie selon laquelle le vaisseau serait utilisé pour espionner des régions géopolitiques sensibles. D'autres suggèrent qu'il servirait à mettre hors d'état de nuire des satellites redoutés par le gouvernement américain ou à l'inverse, à déployer lui-même des satellites de reconnaissance.

Plus insolite, des conspirationnistes ont évoqué la possibilité que le X-37B serve en quelque sorte de bombardier permettant de larguer une arme sur Terre depuis l'espace. Une théorie rapidement écartée par les experts au vu des caractéristiques techniques du vaisseau.

«Le X-37 fait la taille d'un pick-up, ce serait difficile de mettre des armes efficaces à bord», a expliqué à l'AFP Victoria Samson, spécialiste de la fondation américaine Secure World Militant pour le développement durable dans l'espace. Par ailleurs, le X-37B étant alimenté via des panneaux solaires, il serait difficile de beaucoup le manœuvrer. 

«D'une manière générale, manœuvrer en orbite nécessite une énorme quantité de carburant, donc je ne le vois pas faire beaucoup» de déplacements, a-t-elle détaillé. Or, larguer une arme sur Terre nécessiterait de cibler une zone particulière et donc de changer le plan orbital du vaisseau. De même, ses caractéristiques ne paraîtraient pas idéales pour lui confier des missions d'espionnage selon les experts.

Si c'était le cas, «je ne vois pas l'intérêt de l'alourdir avec des ailes et un train d'atterrissage, et de le rendre si visible de la Terre que même des amateurs peuvent le suivre», a relevé Mark Gubrud, physicien spécialiste des technologies militaires spatiales de l'Université de Caroline de Nord. Durant son 4e vol, le X-37B a en effet été repéré à plusieurs reprises par une communauté d'observateurs amateurs. 

Pour les spécialistes, le X-37B serait donc davantage un banc d'essai volant qu'une arme potentielle. De son côté, l'US Air Force s'est contentée d'affirmer que le projet ne visait «aucune capacité offensive». «Si les militaires américains voulaient calmer les spéculations, ils pourraient le faire», a jugé Victoria Samson. «Mais peut-être que c'est dans leur intérêt de laisser les gens dans l'incertitude !» Pour l'heure, on ignore si d'autres vols sont prévus.  

E. F.

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