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Evénements | De notre envoyé spécial à Beijing Bachir-Cherif Hassen | 11-06-2017

Le 18e Congrès du parti communiste chinois renouvelle ses instances dirigeantes

Les nouveaux princes rouges à la conquête de la planète

C’est en face de la célèbre place Tienanmen que débutent aujourd’hui les travaux du 18e Congrès du parti communiste chinois. C’est sous haute surveillance policière - près de 11 000 hommes mobilisés pour quadriller Beijing- et en présence de 2 000 journalistes accrédités pour cet événement qui se déroule au Palais du peuple, joyau d’architecture ancestral et siège du parti, qu’ont débuté dès hier les travaux des différentes commissions installées en fait depuis septembre. Des commissions, qui ont en principe entériné les primaires communistes dont les résolutions ont été décidées à l’avance par les tenants du parti, mais qui en dépit de l’unité de façade affichée, subissent en coulisses des pressions énormes des différents courants du parti pour l’élection au niveau des instances dirigeantes. Certes, si officiellement on insiste pour démontrer qu’il n’y a pas de crise majeure au sein des responsables en poste, pour les postes à pourvoir, notamment, le bureau politique de 25 membres ou le comité permanent de 9 membres, c’est au niveau de la résolution politique que la bataille fait rage.

Au bilan positif mis en exergue par le duo sortant, le Secrétaire général et président de la République Hu Jintao (69 ans) et l’actuel Premier ministre Wen Jiabo (70 ans) à savoir une croissance économique record, la stabilité politique, le retour de la Chine sur le plan international et le retentissant succès de l’organisation des Jeux Olympiques de 2008. Le nouveau binôme, Xi Jinping (59 ans) futur président de la République- actuel vice-président- et Li Keqiang- actuel vice-Premier ministre et futur Premier ministre- aura à régler au plus vite les aspects négatifs de la direction partante qui a renforcé la répression du poids des appareils de sécurité qui voient une montée de protestations en raison des inégalités croissantes qui a pour effet de voir peser sur une grande partie de la population la machine économique qui commence à être à bout de souffle, sans en tirer profit, au contraire des princes rouges comme on les surnomme ici à Beijing, les dirigeants politiques qui s’enrichissent, eux et leurs familles et entourage sans la moindre discrétion. Le tout sur un fond de corruption où à la veille de ce 18e Congrès, nombre de scandales ont bizarrement éclaté et pour la première fois ce qui est historique dans ce pays, de manière publique. L’affaire Bo Xilai, star montante de la politique en course il y a quelques semaines pour le poste de Secrétaire général du parti, déchu maintenant car en attente d’un jugement pour corruption massive et abus de pouvoir, met en lumière l’impunité et les prédations d’un haut dirigeant du régime. Pour nombre d’observateurs initiés du sérail chinois, cette affaire a déjà un effet politique ravageur sur la tenue du congrès car les luttes de pouvoir révélées par le scandale Bo Xilai s’expliquent aussi par des bataille pour préserver les intérêts des différentes «familles régnantes» tant on connaît le nombre d’enfants de la «noblesse rouge» chinoise qui se sont engagés dans la sphère économique portés par les «trente glorieuses» que vient de connaître l’économie du pays. Ce népotisme fragilise donc le parti communiste chinois appelé à un renouvellement important des instances dirigeantes qui pour ne pas s’écrouler a décidé de manière impérieuse d’engager un profond remaniement qui voit la garde de novembre - soit les 9 membres du comité permanent, collectif suprême- passer la main à seuls, deux de ses membres actuels, Xi Inping et Li Keqiang, qui seront confirmés lors de ce 18e Congrès en dauphins désignés puisqu’ils accéderont en mars 2013, lors de la session Parlementaire chinoise, au poste de Président et de Premier ministre de la République populaire. Xi Inping considéré comme le chef de file du parti des princes héritiers («Taizidang») qui rassemble les descendants des révolutionnaires historiques, l’aristocratie rouge, est considéré comme l’homme du consensus entre toutes les factions et les groupes d’intérêt. Fils d’un révolutionnaire historique limogé par Mao, Xi Zhongxun, il appartient à la génération des «Zhinquing», les jeunes instruits envoyés par le grand timonier à la campagne durant la révolution culturelle. Quant au futur Premier ministre, proche de l’actuel président de la République Hu Jintao, entré au comité permanent du bureau politique, il est présenté comme appartenant à la faction de la ligue («Tuanpai») qui regroupe ceux dont la base du pouvoir est la Ligue de la jeunesse communiste, proche du président Hu Jintao. C’est donc pour faire face à une crise de légitimité que le parti communiste chinois, en dépit de sa capacité d’adaptation et de son appareil de contrôle sophistiqué, a décidé d’opérer des réformes radicales comme la révision de la Constitution, l’installation d’une commission permanente contre la corruption ou la réduction des prérogatives des départements de la propagande et de la sécurité publique (qui inclut la justice) devenus des fiefs aux mains de ceux qui les contrôlent. Pour relever les défis, tant les critiques de l’opinion deviennent de plus en plus virulentes notamment sur la blogosphère, vrai petit royaume de l’opinion publique, que les autorités, à défaut de pouvoir la museler, doivent tolérer, ce 18e congrès du parti communiste chinois est résolument enclin à opérer des réformes politiques majeures. Ce qui fait désormais consensus au niveau de tous les responsables des instances dirigeantes. Et ce n’est pas un hasard que Den Yuwen le rédacteur en chef adjoint de l’hebdomadaire de l’école centrale du parti, Xueyi Shibao, a dressé, à la veille de la tenue de ce 18e congrès, un bilan sévère de l’administration sortante. Dans un article qui a fait grand bruit, il a exhorté le nouveau duo présidentiel à redoubler d’efforts pour «l’ouverture de la Chine au monde, ou du monde à la Chine… Mais surtout de l’ouverture de la Chine sur elle-même !» Soulignant que le contrat post-Tienanmen, c’est-à-dire le tout économique contre l’abstention politique, traduit aussi par la formule «enrichissez-vous et taisez-vous» est aujourd’hui largement dépassé.

Les nouveaux princes rouges chinois, obsédés par la conquête économique du monde, sauront-ils être à l’écoute des revendications des réformes politiques et démocratiques formulées par le peuple. C’est là tout l’enjeu de ce 18e Congrès.

B-C. H.

In La Tribune du 8.11.2012

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