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Culture | Par Sihem Bounabi | 09-07-2017

Après une longue bataille diplomatique menée par la Palestine

L'Unesco inscrit Al Khalil sur sa liste du patrimoine mondial en péril

A trois jours d’intervalle, l’Etat terroriste d’Israël a essuyé deux revers sur la scène culturelle internationale. Le 4 juillet dernier, l’Unesco a adopté une résolution refusant les revendications israéliennes sur la Vieille Ville d’El- Qods

Le Comité du patrimoine mondial de l'Unesco a déclaré, vendredi passé, la vieille ville d'al-Khalil, en Cisjordanie occupée, «zone protégée», en tant que site «d'une valeur universelle exceptionnelle», lors d'un vote qui a réuni douze membres du Comité réuni à Cracovie, dans le sud de la Pologne. Six se sont abstenus et trois ont voté contre. Vu l'abstention, la majorité requise était de dix voix. Al-Khalil abrite une population de 200 000 Palestiniens, retranchés dans une enclave près de la mosquée du prophète Ibrahim. Les Palestiniens estiment que le site est menacé en raison d'«une montée alarmante du vandalisme contre des propriétés palestiniennes dans la vieille ville, qu'ils attribuent aux colons israéliens, également implantés dans la ville». La question de l'inscription d'al-Khalil sur la liste du patrimoine mondial était l'enjeu d'un affrontement diplomatique acerbe entre Palestiniens et Israéliens. Le ministère des Affaires étrangères palestinien, s’est félicité de cette inscription dans un communiqué, soulignant que «malgré une campagne israélienne frénétique qui a consisté à répandre des mensonges et à distordre les faits concernant les droits des Palestiniens, le monde a reconnu notre droit d'inscrire al-Khalil  et la mosquée d'Ibrahim sous souveraineté palestinienne». De son côté, le mouvement Hamas, au pouvoir dans la bande de Ghaza, a salué «une nouvelle affirmation de nos droits complets sur al-Khalil et sur toute la terre palelestinienne», selon son porte-parole Hazem Qassem. Pour leur part, les Etats-Unis ont prévenu, vendredi dernier, qu’ils reverraient leurs liens avec l’Unesco, qualifiant d'«affront à l’histoire» sa décision. Les Etats-Unis ont arrêté de participer au financement de l’Unesco en 2011 après que l’Agence ait admis la Palestine parmi ses Etats membres mais ils siègent toujours au Conseil exécutif de l’Unesco, composé de 58 membres. L'ambassadeur d'Israël auprès de l'Unesco, intervenant immédiatement après le vote, a lancé une violente diatribe contre la décision, comme il l'avait fait déjà mardi dernier, lorsque le Comité avait maintenu la vieille ville d’El-Qods sur la liste des sites en danger et que la représentante de Cuba avait demandé une minute de silence pour les victimes palestiniennes du conflit.

A trois jours d’intervalle, Israël a ainsi essuyé deux revers sur la scène culturelle internationale. Le 4 juillet passé, la même commission de l’Unesco a adopté une résolution refusant les revendications israéliennes sur la Vieille Ville d’El-Qods. La résolution fait référence à Israël en le qualifiant de «puissance occupante» à El-Qods-Est. Le comité soulignant ainsi qu’Israël ne pouvait pas revendiquer de souveraineté sur la ville. En mai dernier, le conseil administratif de l’Unesco avait, lui aussi, adopté une résolution qualifiant Israël de «force occupante». La résolution de l’Unesco votée mardi dernier, invite l’occupant israélien  à suspendre «les fouilles, constructions de tunnels, d’œuvres, projets et autres pratiques», dans El-Qods-Est et surtout à la vieille ville. Cette prise de position de l’organisme dépendant de l’Unesco a été accueillie avec satisfaction par les gouvernements palestinien et jordanien (qui avaient présenté cette résolution), saluant le travail de la diplomatie qui revendique le rôle de gardien des Lieux Saints chrétiens et musulmans de la Ville Sainte.

Pour rappel, Les relations entre l'Unesco et Israël sont très mauvaises depuis 2011, date de l'admission de la Palestine comme membre à part entière, un progrès vers sa reconnaissance internationale en tant qu'Etat. Les Etats-Unis et Israël ont alors suspendu leur contribution financière à l'agence onusienne. La ville d’al-Khalil abrite le tombeau d’Abraham, lieu saint important pour les trois religions monothéistes. Mais aussi, un ensemble rare d’architectures datant des époques mameloukes (XIIIe-XVIe siècles) et ottomane (XVIIe-XIXe siècles), qui se caractérisent par de belles constructions en pierre, des toits et plafonds voûtés, des ruelles pavées entrecoupées d’arches. Les habitants espèrent que le classement de l’Unesco préservera la ville, attirera les touristes et relancera l’économie de la vieille ville qui est très paupérisée.

Selon l'Unesco, la liste du patrimoine mondial en péril est conçue pour «informer la communauté internationale des menaces (conflits armés, catastrophes naturelles, urbanisation sauvage, etc.) pesant sur les sites et les biens protégés» et pour «encourager la mise en œuvre de mesures correctives».

S. B./agences

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