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Monde | Par Rabah Iguer | 17-07-2017

Alors qu’Erdogan Recep a promis d'«arracher la tête des traîtres» 

L’UE réaffirme ses exigences à l’adhésion de la Turquie

Alors que l'échec du putsch a été salué par Erdogan comme une «victoire de la démocratie», sa riposte musclée a suscité l'inquiétude de pays européens et d'ONG quant au respect des droits de l'Homme

Le président de la Commission européenne a exhorté la Turquie à respecter les valeurs démocratiques si elle veut entrer un jour dans l'UE, au lendemain de propos du président turc contre les putschistes. «Un an après la tentative de putsch la main de l'Europe reste tendue», a écrit Jean-Claude Juncker dans une tribune publiée par l'édition dominicale du journal allemand Bild, alors que les négociations en vue d'une adhésion de la Turquie à l'UE sont depuis plusieurs années au point mort. Mais en échange, il est nécessaire «que la Turquie démontre clairement sa volonté d'être européenne et prenne à cœur de manière décidée les valeurs européennes fondamentales», a ajouté Juncker, dont les services sont chargés de mener les négociations d'adhésion avec la Turquie. «Une union des droits de l'Homme, de la liberté de la presse et de l'Etat de droit n'est par exemple pas compatible avec le placement en détention à l'isolement pendant des mois de journalistes sans mise en accusation», a ajouté le président de la Commission. La veille, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait commémoré le premier anniversaire de la tentative de putsch le visant en promettant d'«arracher la tête des traîtres». Ankara a lancé des purges d'une ampleur sans précédent contre les partisans présumés du mouvement Gülen, accusé d'être l'instigateur de la tentative de coup d'Etat : plus de 50 000 personnes ont été arrêtées, plus de 100 000 fonctionnaires limogés par vagues successives. Plusieurs centaines de milliers de Turcs ont commémoré l'anniversaire de la tentative de putsch. Des dizaines de personnes ont campé près du palais et des milliers d'autres sont venues afin d'assister à ce dernier événement, qui a clôt les célébrations officielles de ce premier anniversaire. Alors que l'échec du putsch a été salué par Erdogan comme une «victoire de la démocratie», sa riposte musclée a suscité l'inquiétude de pays européens et d'ONG quant au respect des droits de l'Homme. Pour marquer cet événement qui a traumatisé la Turquie, Erdogan a inauguré un mémorial pour les 250 victimes du coup de force, puis a prononcé un discours ému devant le Parlement à Ankara, avant d'inaugurer au lever du jour un autre mémorial, devant le palais présidentiel cette fois. Réitérant son soutien au rétablissement de la peine capitale, Erdogan a proposé d'introduire une tenue unique pour les présumés putschistes incarcérés, sur le modèle de la combinaison orange que portent les détenus de la prison militaire américaine de Guantanamo. Erdogan a rendu un hommage appuyé à ses compatriotes qui ont affronté les chars «avec un drapeau à la main et leur foi dans leur cœur». Un an après avoir vécu la plus violente forme de contestation, Erdogan, qui dirige la Turquie depuis 2003, se dresse plus puissant que jamais. Une révision constitutionnelle controversée lui permet en théorie de se maintenir jusqu'en 2029. Ses opposants l'accusent de dérive autocratique depuis la tentative de coup d'Etat, mais Erdogan a balayé les critiques, notamment occidentales, dénonçant un «manque d'empathie» des pays européens avec lesquels les relations se sont tendues.

R. I.

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